Enfant, je garde le souvenir de moments heureux et joyeux à la campagne, durant l'été. Notamment quand j'avais 5, 6 ans. Ma grand-mère m'emmenait en voiture chez une de ses amies - sans doute pour y prendre le thé - et moi, pendant ce temps-là, je jouais dehors, dans le jardin, avec son petit-fils, un petit garçon tout blond, une vraie tête d'ange. Je n'ai jamais revu ce petit garçon. Je suis même incapable de dire si je l'ai rencontré plusieurs étés de suite, ou juste un. Jusqu'à son nom m'a échappé.
Et pourtant, ces moments sont restés ancrés en moi comme un des moments les plus beaux de mon enfance. Sincèrement, je ne sais jusqu'à quel point ces souvenirs -assez flous c'est certain- sont inventés ou réels. Mais qu'importe dans le fond? La réalité est celle que je ressens aujourd'hui à l'évocation de ce soleil qui nous environnait tous les deux, un petit garçon et une petite fille, tous deux blonds comme les blés, heureux de jouer ensemble, un moment, dans la campagne estivale.
Parfois je repense à lui et cherche à me rappeler son nom. Rien ne me revient. Cependant, je garde au fond de moi ce souvenir comme l'un des plus précieux, et c'est vers ce dernier que je tends, perpétuellement.
Et puis, samedi dernier, je fais ce rêve. Dans ce rêve, je ne suis plus adulte et pour la première fois, c'est moi à 5 ans. Je suis chez moi, à la campagne, tel que c'était quand j'étais enfant. Je suis dehors, sous le soleil bien agréable mais pas trop chaud, comme il l'était à l'époque. Et je suis avec lui. Nous sortons de la maison et allons observer la nature. Il me montre dans ses mains un petit hérisson qu'il vient de trouver. Je l'observe, émerveillée. Et nous rions, rions, si heureux de notre découverte, de notre trésor, si heureux de vivre et de jouer, entièrement dans l'instant, ne pensant à rien d'autre. Je lui montre que je m'installe dans un coin du jardin pour observer les insectes, et lui alors a envie de faire de la bicyclette. Il revient, fier comme Artaban sur la bicyclette, faisant des "acrobaties", alors que moi je suis plongée dans l'observation de petites musaraignes, essayant de percer leur monde si mystérieux. Nous sommes heureux. Nous jouons chacun de notre côté, chacun avec ses jeux, mais l'un à côté de l'autre, et le sachant. Et cela nous suffit.
Au réveil, j'ai un grand sourire aux lèvres. Je viens de trouver une clé.
Mon premier bonheur vient d'avoir totalement renoué avec la petite fille que j'étais. À la différence de ce qui se passe dans ces cas-là, ce n'était pas moi, avec mes pensées actuelles, adulte, dans un autre corps, mais bien moi telle que j'étais, telle que je voyais la vie, telle que je la respirais à 5 ans. J'ai su alors en me réveillant que la petite fille existait toujours. J'ai eu la preuve que mon inconscient avait tout gardé d'elle. Il est vrai que cela fait longtemps que je travaille à me reconnecter vraiment à elle, mais je crois que d'avoir la "preuve" de son existence éternelle m'aide beaucoup et est un cadeau merveilleux que je me fais.
Ce rêve était si beau, si beau... D'où venait sa beauté? En quoi suis-je si différente de cette petite fille aujourd'hui? Pourquoi, alors que j'ai toujours gardé cette capacité à m'émerveiller, il y a malgré tout quelque chose de différent qui fait que je garde une profonde nostalgie de ces moments d'enfance, les voyant comme quelque chose de perdu ? J'ai beaucoup réfléchi sur cet émerveillement que nous ressentions, sur cette joie de vivre qui jaillissait de nous, sur ce moment présent que nous vivions, l'un à côté de l'autre, ensemble, mais séparés. Et là m'est venue la clé de ce moment si merveilleux.
L'innocence. C'est le mot qui m'est venu à l'esprit. La beauté réside dans ce regard et ce coeur innocent que nous avions. Cette innocence, synonyme de pureté, ce sentiment de ne rien faire de mal, de juste faire quelque chose de naturel. L'innocence n'est pas la naïveté; pour pouvoir vivre en toute innocence, il faut simplement suivre le rythme de la vie, ne pas lutter contre les évènements, accepter les choses telles qu'elles sont. Tout est "normal", et tout est source d'émerveillement. La naïveté, je la définirais plutôt comme une conviction que rien ne changera, que tout est bon et beau. L'innocence, c'est agir sans penser au lendemain mais en total accord avec le mouvement actuel de la vie. En d'autre termes, la naïveté c'est croire qu'il n'y aura jamais de vagues dans la vie, l'innocence c'est accepter tout simplement qu'il y ait des vagues et juste les suivre sans se poser de question, voire même d'en être curieux, comme de toute source d'apprentissage. Cette innocence, c'est celle de la petite fille qui ne comprend pas pourquoi tout le monde est triste à un enterrement, parce que c'est quelque chose de normal de mourir, c'est encore cette autre enfant qui ne se préoccupe pas du tout quand sa soeur disparait de sa vie une fois fiancée mais qui pense juste que ça doit être normal et qui accepte parce qu'elle est consciente qu'elle découvre et apprend tout de la vie chaque jour, enfin, c'est moi qui ne me suis jamais demandé si un jour j'allais revoir ou ne plus revoir ce petit garçon avec lequel je m'entendais si bien et passais des moments si joyeux.
Au réveil, son prénom m'est revenu. Il s'appelait Florentin.
Réapprendre l'innocence de l'enfant que nous sommes, se rappeler quand nous suivions le mouvement de la Vie, sachant qu'en l'écoutant avec toute notre soif de découverte elle nous permet d'apprendre indéfiniment et rend alors notre vie toujours plus riche, la remplissant de tous ces nombreux trésors. Voilà ce a quoi nous sommes appelés.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire